Le rôle de la kiné dans la récupération après un KO ou une commotion

Un KO en boxe, un head kick en MMA, une collision au sol...

La commotion cérébrale est le risque le plus grave des sports de combat.

Mais contrairement à ce qu'on pensait avant, rester allongé dans le noir pendant des semaines n'est plus la solution recommandée.

Aujourd'hui, la science montre que la rééducation active encadrée par un kiné spécialisé accélère la récupération et réduit les risques de séquelles. Voici comment.

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Comprendre la commotion cérébrale

Ce qui se passe dans ton cerveau

Une commotion cérébrale est une blessure fonctionnelle du cerveau causée par des forces biomécaniques.

Contrairement à une fracture ou une déchirure, il n'y a généralement pas de lésion visible à l'imagerie.

Le cerveau subit un dysfonctionnement temporaire qui affecte plusieurs systèmes 

le système nerveux autonome (qui régule la fréquence cardiaque et la pression artérielle),

le système vestibulaire (équilibre), 

le système oculomoteur (coordination des yeux)

et le rachis cervical (souvent impacté par le même traumatisme).

En sports de combat, la commotion peut survenir suite à un KO (perte de conscience), un TKO (arrêt par l'arbitre ou le médecin), ou même après des coups répétés sans knockdown apparent.
Un combattant peut être commotionné sans avoir été mis au sol.

 

Les chiffres qui parlent

 

📊 En MMA professionnel, on observe 0,085 commotion par minute de combat (contre 0,047 en boxe).

📊 Dans 78% des combats analysés, au moins une commotion est survenue.

📊 Le combattant qui subit la première commotion perd le combat dans 98% des cas.

📊 30 à 65% des patients post-commotion présentent des symptômes vestibulaires (vertiges, nausées, troubles de l'équilibre).

📊 La plupart des adultes récupèrent en 7-10 jours, mais 10-30% présentent des symptômes persistants au-delà de 3 semaines.

Les signes qui doivent alerter

Après un impact à la tête, surveille ces symptômes dans les heures et les jours qui suivent 

 

Symptômes physiques

 

• Maux de tête (le symptôme le plus fréquent, présent chez 90% des commotionnés)

• Vertiges et troubles de l'équilibre

• Nausées ou vomissements

• Sensibilité à la lumière et au bruit

• Vision floue ou double

• Fatigue intense

• Douleurs cervicales (présentes chez 90% des commotionnés)

 

Symptômes cognitifs

 

• Brouillard mental, difficulté à se concentrer

• Troubles de la mémoire (surtout à court terme)

• Temps de réaction ralenti

• Désorientation

 

Symptômes émotionnels

 

• Irritabilité inhabituelle

• Anxiété, nervosité

• Troubles du sommeil (insomnie ou hypersomnie)

• Humeur dépressive

⚠️ Important : ces symptômes peuvent apparaître jusqu'à 48h après le traumatisme. Un combattant peut se sentir bien immédiatement après le combat et développer des symptômes le lendemain.

Ancienne approche vs nouvelle approche

L'ancienne méthode (obsolète)

 

Pendant des années, le protocole standard était le repos complet : rester dans le noir, éviter les écrans, ne rien faire jusqu'à disparition totale des symptômes.

On pensait que le cerveau avait besoin d'un repos absolu pour guérir. Cette approche a été remise en question par les études récentes.

 

La nouvelle approche (recommandée)

 

Les recherches actuelles montrent qu'un repos strict prolongé au-delà de 72 heures n'améliore pas la récupération et peut même la ralentir.

Le consensus scientifique actuel recommande une rééducation active, progressive et individualisée, encadrée par des professionnels de santé formés à la gestion des commotions.

✅ Les études montrent que les athlètes traités avec une combinaison de rééducation cervicale et vestibulaire récupèrent près de 2 fois plus vite que ceux qui se reposent simplement.

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Le rôle du kiné dans la récupération

Le kinésithérapeute spécialisé en neurologie et sport joue un rôle central dans la récupération post-commotion. Son intervention couvre plusieurs domaines complémentaires :

1. La rééducation vestibulaire

Le système vestibulaire (l'oreille interne) est responsable de l'équilibre et de la coordination des mouvements de la tête et des yeux.

Après une commotion, ce système est souvent perturbé, provoquant vertiges, nausées et troubles de l'équilibre.

La rééducation vestibulaire vise à restaurer ces fonctions par des exercices spécifiques.

 

Exercices de stabilisation du regard

 

Ces exercices rééduquent le réflexe vestibulo-oculaire (la capacité à garder le regard fixe pendant que la tête bouge) :

1. Exercice 1 : fixe un point (lettre, cible) devant toi et tourne la tête de gauche à droite en gardant les yeux sur la cible. Commence lentement, augmente progressivement la vitesse.

2. Exercice 2 : même principe mais la cible bouge dans le sens opposé de la tête.

3. Progression : d'abord assis, puis debout, puis en marchant, puis sur surface instable.

 

Exercices d'habituation

 

Ces exercices exposent progressivement le patient aux mouvements qui provoquent les symptômes, permettant au cerveau de s'y adapter :

• Mouvements de tête dans différentes directions (rotation, flexion, extension)

• Changements de position (assis-debout, couché-assis)

• Environnements visuellement stimulants (centres commerciaux, écrans)

 

Exercices d'équilibre

 

• Équilibre statique (debout, pieds joints, puis sur une jambe)

• Équilibre dynamique (marche en ligne, marche avec rotation de la tête)

• Progression sur surfaces instables (mousse, bosu, wobble board)

• Ajout de tâches cognitives (compter, réciter) pendant les exercices d'équilibre

 

Manœuvre d'Epley (si VPPB)

 

Le vertige positionnel paroxystique bénin (VPPB) est fréquent après un traumatisme crânien.

Il est causé par le déplacement de cristaux dans l'oreille interne. La manœuvre d'Epley, réalisée par le kiné, permet de repositionner ces cristaux et soulage souvent les symptômes en une seule séance.

 

2. La rééducation cervicale

 

Le rachis cervical est presque toujours impliqué dans une commotion.

Le même impact qui secoue le cerveau provoque souvent un whiplash (coup du lapin) qui affecte les muscles, les articulations et les nerfs du cou.

Les céphalées cervicogéniques (maux de tête d'origine cervicale) sont extrêmement fréquentes post-commotion et peuvent être confondues avec des symptômes de la commotion elle-même.

📊 Les maux de tête qui persistent au-delà de 3 mois après une commotion ne sont généralement plus causés par le cerveau mais par le rachis cervical.

 

Techniques utilisées

 

1. Thérapie manuelle : mobilisations articulaires des vertèbres cervicales, en particulier C1-C2, et relâchement des points triggers des muscles sous-occipitaux.

2. Renforcement des stabilisateurs profonds : exercices de flexion cranio-cervicale avec biofeedback (renforcement des muscles longus capitis et longus colli).

3. Restauration de la mobilité : exercices de mobilité active dans toutes les directions, étirements doux.

4. Rééducation proprioceptive cervicale : exercices de repositionnement de la tête (laser head pointer), travail de la coordination œil-tête-cou.

 

3. Le réentraînement progressif à l'effort

 

La commotion perturbe le système nerveux autonome, ce qui affecte la régulation du débit sanguin cérébral pendant l'effort.

Beaucoup de commotionnés présentent une intolérance à l'exercice : les symptômes s'aggravent quand la fréquence cardiaque augmente.

Le réentraînement progressif vise à restaurer cette tolérance.

 

Le test de Buffalo (BCTT)

 

Le Buffalo Concussion Treadmill Test est un test d'effort progressif qui permet d'identifier le seuil de fréquence cardiaque à partir duquel les symptômes apparaissent.

Ce seuil sert ensuite à prescrire un programme d'exercice aérobie individualisé, en restant sous le seuil symptomatique.

Protocole d'exercice gradué

Le programme commence généralement à 50% de la fréquence cardiaque maximale pour 20 minutes, puis augmente progressivement par paliers de 5% jusqu'à atteindre 80% puis au-delà.

La règle d'or : si les symptômes augmentent de plus de 2 points sur une échelle de 10 pendant l'exercice, il faut réduire l'intensité.

✅ Les études montrent que l'exercice aérobie précoce et contrôlé accélère la récupération par rapport au repos strict.

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Protocole de retour au combat

Le retour au sport après une commotion suit le plus souvent un protocole en 6 étapes, adapté ici pour les sports de combat.

Chaque étape dure au minimum 24 heures. Si les symptômes réapparaissent à une étape, il faut revenir à l'étape précédente.

Étape 1 : Repos relatif

Activités quotidiennes légères (marche, tâches ménagères). Pas d'entraînement. 

Durée : 24-72h après la commotion. 

Le repos strict n'est plus recommandé au-delà de 72h.

 

Étape 2 : Exercice aérobie léger

 

Marche rapide, vélo stationnaire à faible intensité (50-60% FC max). 10-15 minutes.

Pas de mouvements de tête brusques, pas de résistance.

 

Étape 3 : Exercice spécifique modéré

 

Corde à sauter, shadow boxing léger sans déplacements rapides.

Introduction de mouvements de tête. Pas de contact.

 

Étape 4 : Entraînement technique sans contact

 

Shadow boxing avec déplacements, travail au sac, pattes d'ours léger. Grappling technique (drills, positions).

Toujours pas de contact à la tête.

 

Étape 5 : Entraînement avec contact progressif

 

Sparring léger avec casque (50-60% d'intensité). 

Rolling en JJB avec transitions.

Le kiné et/ou le médecin doivent valider cette étape.

Minimum 48h entre les sessions de sparring.

 

Étape 6 : Retour à l'entraînement normal

 

Entraînement complet, sparring normal.

Le retour en compétition ne peut avoir lieu qu'après validation médicale et une fois la période de suspension minimale expirée (généralement 30-90 jours selon les fédérations après un KO).

 

⚠️ Règle absolue : un combattant ne doit JAMAIS reprendre le combat ou le sparring le jour même d'une commotion suspectée.

C'est le risque du syndrome du second impact, potentiellement fatal.

Prévention et réduction des risques


Le cadre PAASS (Pain, Ankle impairments, Athletic confidence, Sensorimotor control, Sport performance) adapté aux commotions suggère d'évaluer les domaines suivants avant le retour :

1.    Symptômes : absence de symptômes au repos ET à l'effort (échelle de symptômes post-commotion à 0 ou au niveau de base pré-blessure).

2.    Déficiences : mobilité cervicale complète, équilibre normal (tests vestibulaires négatifs), fonctions oculomotrices normales.

3.    Tolérance à l'effort : capacité à atteindre 85% de la FC max sans exacerbation des symptômes (test de Buffalo négatif).

4.    Tests cognitifs : retour aux scores de base sur les tests neuropsychologiques (si baseline disponible).

5.    Confiance et préparation psychologique : le combattant se sent prêt à reprendre le contact sans appréhension excessive.

6.    Validation médicale : un médecin formé à la gestion des commotions doit donner son feu vert.

Critères de validation de retour


La kiné joue aussi un rôle dans la prévention des commotions et de leurs conséquences :

Renforcement du cou


Un cou fort permet de mieux absorber les impacts et de réduire l'accélération de la tête lors d'un coup. 

Exercices recommandés : neck bridges (progressifs), résistance manuelle dans toutes les directions, exercices isométriques.


Gestion du sparring


Les commotions surviennent majoritairement à l'entraînement, pas en compétition. La philosophie a évolué : là où les combattants sparraient 7 jours par semaine dans les années 2000, les camps modernes limitent le sparring intense à 1-2 fois par semaine maximum. 

Ton kiné peut t'aider à planifier ta charge d'entraînement pour limiter les risques.


Casque à l'entraînement


Le port du casque en sparring réduit le risque de coupures et d'hématomes mais son effet sur les commotions est débattu. 

Il peut réduire l'accélération linéaire mais pas l'accélération rotationnelle (la plus dangereuse pour le cerveau). 

Son utilisation reste néanmoins recommandée.

Quand consulter en urgence

Certains signes indiquent une situation plus grave qu'une simple commotion et nécessitent une consultation médicale urgente :

       Perte de conscience prolongée (> 1 minute)

       Convulsions

       Vomissements répétés

       Aggravation progressive des symptômes dans les heures qui suivent

       Asymétrie des pupilles

       Faiblesse ou engourdissement d'un côté du corps

       Confusion persistante ou comportement inhabituel

       Écoulement de liquide clair par le nez ou les oreilles


⚠️ En présence de ces signes, appelle le 15 (SAMU) ou rends-toi aux urgences immédiatement.

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Conclusion

La commotion cérébrale est une blessure sérieuse qui nécessite une prise en charge adaptée. Le rôle du kiné est devenu central dans cette prise en charge :

       Le repos strict prolongé n'est plus recommandé. La rééducation active encadrée accélère la récupération.

       La rééducation vestibulaire traite les vertiges, les troubles de l'équilibre et les problèmes oculomoteurs.

       La rééducation cervicale traite les céphalées cervicogéniques souvent confondues avec des symptômes de commotion.

       Le réentraînement progressif à l'effort restaure la tolérance à l'exercice.

       Le retour au combat suit un protocole en 6 étapes avec validation médicale obligatoire.

       La prévention passe par le renforcement du cou et une gestion intelligente du sparring.

Un KO ou une commotion n'est pas une fatalité ni une fin de carrière. Mais c'est un signal d'alarme qui mérite une prise en charge sérieuse. Un cerveau bien récupéré, c'est un cerveau qui peut continuer à combattre en toute sécurité.

Tu as subi un KO ou une commotion et tu veux une prise en charge adaptée pour revenir en pleine forme ?Réserve ton bilan avec un kiné spécialisé en sport de combat.