Top 5 des blessures les plus fréquentes chez les combattants et comment les éviter
Entorses, déchirures, commotions... Les blessures font partie du quotidien des combattants.
Mais contrairement à ce qu'on pourrait croire, la majorité d'entre elles ne surviennent pas en compétition.
Elles arrivent à l'entraînement. Et surtout : elles sont souvent évitables. Voici les 5 blessures les plus fréquentes en sports de combat et les stratégies concrètes pour les prévenir.
Quelques chiffres qui parlent
Avant de plonger dans le détail, regardons ce que disent les études scientifiques sur les blessures en sports de combat :
• En MMA, on compte environ 25 à 28 blessures pour 100 participations en compétition
• Plus de 60% des combattants ne portent pas de casque à l'entraînement
• Les blessures à l'entraînement sont 3 fois plus nombreuses qu'en compétition
• 38% des blessures touchent la tête, le cou et le visage
• Les sports de frappe (boxe, kickboxing) génèrent plus de traumatismes crâniens, tandis que les sports de préhension (JJB, lutte) provoquent plus de blessures articulaires
Ces chiffres montrent une réalité : la prévention est aussi importante que la performance. Un combattant blessé est un combattant qui ne progresse pas.
Les blessures de l'épaule : le prix du grappling
Pourquoi c'est fréquent
L'épaule est l'articulation la plus mobile du corps humain. Cette mobilité a un prix : elle est aussi l'une des plus instables. En grappling, les clés de bras (kimura, americana) mettent une pression énorme sur la coiffe des rotateurs et la capsule articulaire. Au clinch, les luttes de position peuvent forcer l'épaule dans des angles extrêmes.
Les blessures les plus courantes sont les déchirures de la coiffe des rotateurs, les luxations (l'épaule qui "sort"), et les lésions du labrum (le bourrelet qui stabilise l'articulation). Ces blessures peuvent devenir chroniques si mal soignées.
Les signaux d'alerte
• Douleur en levant le bras au-dessus de l'épaule
• Sensation d'instabilité ou de "jeu" dans l'articulation
• Faiblesse lors des mouvements de rotation
• Douleur nocturne qui empêche de dormir sur le côté
Comment l'éviter
1. Renforce ta coiffe des rotateurs : rotations externes et internes avec élastique, exercices de type "face pull", "Y-T-W" au sol. Ces petits muscles sont souvent négligés mais essentiels à la stabilité.
2. Travaille la mobilité thoracique : une cage thoracique raide oblige l'épaule à compenser. Les rotations et extensions thoraciques libèrent l'épaule.
3. Tape plus tôt : en grappling, l'ego pousse à résister aux clés. Mais une kimura tenue 2 secondes de trop peut te coûter 6 mois d'arrêt. Tape avant que ça casse.
4. Équilibre ton entraînement : si tu fais beaucoup de poussées (pompes, développé), ajoute autant de tirages (rowing, tractions) pour éviter les déséquilibres musculaires.
Les blessures du genou
Pourquoi c'est fréquent
Le genou est une articulation "sandwich" coincée entre la hanche et la cheville. Quand le pied est bloqué au sol et que le corps tourne, c'est le genou qui absorbe la torsion. En MMA et en JJB, les passages de garde, les balayages et les tentatives de soumission mettent le genou dans des positions à risque.
Les blessures les plus redoutées sont les ruptures du ligament croisé antérieur (LCA), les lésions des ligaments latéraux (LLI, LLE) et les déchirures des ménisques. Une étude sur les athlètes de JJB montre que 30% d'entre eux ont subi au moins une blessure au genou dans l'année, avec les ligaments collatéraux en tête.
Les signaux d'alerte
• "Crack" audible au moment du traumatisme
• Gonflement rapide (dans les heures qui suivent)
• Sensation d'instabilité, genou qui "lâche"
• Blocages articulaires (ménisque)
Comment l'éviter
1. Renforce tes ischio-jambiers : ils sont les protecteurs du LCA. Les exercices de type "nordic curl", soulevé de terre roumain et leg curl sont essentiels.
2. Travaille la stabilité de hanche : une hanche faible laisse le genou sans contrôle. Les exercices de type "clamshell", fentes latérales et monster walks avec élastique sont tes alliés.
3. Améliore ta technique de chute : apprends à tomber sans bloquer le pied au sol. Les ukemi (chutes) du judo ne sont pas que pour les débutants.
4. Respecte les soumissions de jambe : heel hook, kneebar... Ces techniques peuvent détruire un genou en une seconde. Entraîne-toi avec des partenaires de confiance et tape immédiatement.
Les blessures de la main et du poignet : le prix des frappes
Pourquoi c'est fréquent
La main est composée de 27 os, plus d'une vingtaine d'articulations et une multitude de petits ligaments. C'est une structure fine, pas vraiment conçue pour percuter des crânes et des coudes à répétition. Les fractures des métacarpes (les os de la paume), les entorses du poignet et les luxations des doigts sont le lot quotidien des frappeurs.
La fameuse "boxer's fracture" (fracture du 5ème métacarpe) survient souvent sur un crochet mal placé. Les blessures au poignet, elles, résultent d'un mauvais alignement au moment de l'impact ou d'un bandage insuffisant.
Les signaux d'alerte
• Douleur aiguë au moment de l'impact
• Gonflement localisé sur un métacarpe ou une phalange
• Difficulté à fermer le poing
• Douleur au poignet lors de la flexion ou de l'extension
Comment l'éviter
1. Apprends à bien bander tes mains : un bon bandage soutient le poignet, protège les articulations des doigts et maintient les métacarpes ensemble. Ce n'est pas une option, c'est une obligation.
2. Travaille ta technique de frappe : un poing mal serré ou un poignet cassé à l'impact, c'est la blessure assurée. Les deux premières phalanges (index et majeur) doivent toucher la cible, le poignet parfaitement aligné avec l'avant-bras.
3. Renforce tes poignets et tes avant-bras : flexions et extensions du poignet avec haltère léger, rotations, exercices de grip. Des avant-bras solides absorbent mieux les chocs.
4. Utilise des gants adaptés : des gants trop petits ou usés ne protègent pas. Investis dans du matériel de qualité et remplace-le régulièrement.
Les commotions cérébrales : le sujet tabou
Pourquoi c'est le sujet le plus important
On peut réparer une cheville, reconstruire un ligament, consolider une fracture. Mais le cerveau, lui, a une capacité de récupération limitée. Les commotions cérébrales sont le risque majeur des sports de combat, et pourtant elles restent souvent minimisées.
Les études montrent que 28 à 46% des combats de MMA se terminent par KO ou TKO. En boxe, le risque de perte de conscience est encore plus élevé (7,1% des combats contre 4,2% en MMA). Mais le vrai danger, ce n'est pas le KO spectaculaire : ce sont les micro-traumatismes répétés qui s'accumulent au fil des sparrings.
Une enquête auprès de combattants UFC révèle que 61% s'inquiètent des dommages cérébraux à long terme, et 21% ont déjà remarqué des changements cognitifs (mémoire, concentration).
Les signaux d'alerte
• Maux de tête persistants après un impact
• Sensation de "brouillard", confusion
• Nausées, sensibilité à la lumière ou au bruit
• Troubles du sommeil
• Irritabilité, changements d'humeur
Comment s'en protéger
1. Porte un casque à l'entraînement : oui, même si c'est "moins réaliste". Le sparring, ce n'est pas un combat. Protège ton capital cérébral.
2. Réduis l'intensité du sparring : le sparring technique à 50-60% développe autant de compétences que le sparring dur, sans les dégâts. Les meilleurs camps au monde limitent le sparring à pleine puissance.
3. Renforce ton cou : un cou fort absorbe mieux les impacts et réduit l'accélération du cerveau dans la boîte crânienne. Exercices de type "neck curl", résistance manuelle, travail isométrique.
4. Respecte les temps de récupération : un cerveau qui n'a pas récupéré est vulnérable. Une deuxième commotion sur un cerveau fragilisé peut avoir des conséquences catastrophiques. Minimum 7 à 10 jours sans contact après une commotion, et consulte un professionnel.
5. Écoute ton corps : "j'ai vu des étoiles mais ça va" n'est pas une réponse acceptable. Si tu as pris un coup important, arrête la séance.
Les règles d'or de la prévention
Au-delà des stratégies spécifiques à chaque blessure, voici les principes généraux qui réduisent significativement le risque de te blesser :
1. Échauffe-toi vraiment : pas 5 minutes de corde avant de sparrer. Un échauffement complet inclut activation cardiovasculaire, mobilité articulaire, activation musculaire spécifique et montée progressive en intensité. Compte 15 à 20 minutes minimum.
2. Intègre du renforcement préventif : ce n'est pas glamour, mais les exercices de stabilisation, les rotateurs d'épaule, le travail de proprioception... c'est ça qui fait la différence sur le long terme.
3. Gère ta charge d'entraînement : les blessures surviennent souvent lors de pics de volume ou d'intensité. Augmente progressivement (pas plus de 10% par semaine) et intègre des semaines de récupération.
4. Dors et mange correctement : la récupération, c'est 80% sommeil et nutrition. Un corps sous-alimenté ou en dette de sommeil se blesse plus facilement.
5. Écoute les signaux : la douleur n'est pas une médaille. Une gêne qui persiste plus de quelques jours mérite une consultation. Mieux vaut 1 semaine d'arrêt préventif que 3 mois de rééducation.
6. Entraîne-toi avec des partenaires de confiance : un partenaire qui ne contrôle pas ses coups ou qui refuse de lâcher une soumission est un danger pour ta carrière.